Le sexe émoi, conscience de l'espace intime

 « Le sexe Emoi, conscience de l'espace intime » de Frédéric Manthé

NDLR : pour éviter les "elle/lui" le texte est soi au masculin, soit au féminin..


Le sexe Emoi...avec un jeu de mots ? Assurèrent.

Cent pourcents des personnes croisées dans notre vie sont nus sous leurs vêtements. Nous sommes tous porteur d'un sexe, aux fonctionnalités identiques, répondant à la même transmission génétique, celle de procréer. Mais comme nous sommes une race animale éduquée et que nous savons raisonner les naissances, nous nous retrouvons en pleine possession d'un appareil qui, faute de faire des enfants, continue à pouvoir nous donner du plaisir. Vue de l'extérieur, le plaisir sans les contraintes parentales inhérentes à la fécondation, de quoi se plaint-on ? Eh bien, le plaisir, selon l'éducation Judéo-chrétienne, appartient au diable et quiconque s'en gorgeant en dehors des préceptes fixés par la religion, risque de voir son éternité bruler dans les flammes de l'enfer. Aujourd'hui, au vingt-et-unième siècle, dans le monde moderne dans lequel nous vivons, mes propos semblent dépassés et pourtant, en y réfléchissant, vous verrez que nous sommes tous, chacun à notre niveau, confronté à une vision liberticide de notre sexualité et du plaisir qu'elle procure. Et ce plaisir contrarié déborde maintenant largement celui du sexe car trop de bouf, manger trop gras, trop boire etc., ne peut se faire sans culpabilité. Mais intéressons-nous à ce truc que nous avons entre les jambes et que nous cachons précieusement comme si nous avions gagné au loto. Tellement bien caché même, que parfois, nous ne savons plus ou nous l'avons reclus, tant nous devenons étrangers aux sensations qu'il procure.

Être, plutôt que vouloir être


Il n'est pas si facile de prendre du temps pour soi, d'accepter de se laisser porter par ses sensations sans leur opposer de résistances. C'est un plongeon souple dans un océan de douceur donnant cette impression de flotter dans un espace où l'air se transforme. Prendre le temps de s'accueillir et de s'aimer dans l'instant pour ce que l'on est vraiment. Les mains qui offrent le massage, redéfinissent les contours de notre corps, précisément et permettent de se réapproprier, sans pensée déformante, cette enveloppe qui est la nôtre et que l'on renie souvent. Alors "Être" devient une évidence. Le corps est immobile mais chaque cellule vibre et chante à l'unisson le plaisir vibratoire qui s'empare d'elle, emportant le corps dans des vagues de sensations et d'émotions. Un voyage immobile au cœur du divin, un voyage au plus profond de notre être et de notre âme.

L'espace intime

Cette fameuse bulle de protection, invisible mais tellement ressentie dès que quelqu'un en franchit, même de manière non-intentionnelle, la frontière. Cette bulle est d'ailleurs inversement proportionnelle à la confiance que l'on a en nous et du choix souvent subjectif que nous faisons des personnes ayant le droit de nous approcher. En fonction de cette fameuse confiance, nous nous accordons la possibilité de repousser les limites de notre espace intime jusqu'à nous laisser toucher, voire même pénétrer.

 Plusieurs paradoxes à relever :
                - le premier, c'est dès que l'on a lâché prise et laissé pénétrer cet espace, l'élu possède comme un droit de passage permanent sans que l'on se demande si chaque rencontre est bonne pour nous.
                - le second, c'est cette confiance que l'on accorde à l'autre qui peut être démesurée par rapport à celle que l'on s'accorde à soi-même et que l'on peut s'estimer tromper à cause d'une frontière que l'on a nous-mêmes ouverte.
                - le troisième, une fois l'espace intime pénétrer, en cas de contact physique, de vouloir que   l'on nous donne un plaisir que l'on n'est pas toujours capable, soit d'accueillir, soit d'accepter, soit de se donner soi-même.
                - enfin et non des moindres, souvent inconsciemment, de se sentir plus à l'aise lors d'une rencontre hors de l'espace intime connaissant notre capacité à nous couper de notre corps et de ses sensations dans une relation physique "pour faire plaisir".
Il est évident, que dans tout exemple, il existe aussi son contraire et que les personnes resplendissantes par la libre circulation de leur énergie sexuelle, ne trouveront aucun écho dans la lecture de cet essai.


Le cahier des charges, concernant notre intimité, est souvent tragiquement rempli ;
                - de ce que l'on considère comme indispensable.
                - de ce que l'on souhaite vraiment.
                - de nos peurs, celle-là même qui nous empêche d'être réellement en contact avec notre intimité.

Et plus ce cahier des charges est rempli, plus il est difficile de se laisser approcher tant la peur du viol de notre intimité est grand. À force d'en repousser les limites nous finissons par oublier cet élément essentiel qu'est le ressenti, notre ressenti, cet appel du corps qui nous rend vibrants, vivants, épanoui. Un peu comme cette obsession des dates de péremption qui nous coupe de notre odorat si précieux jadis à détecter de la nourriture avariée.
Et pourtant, tous les jours ces limites sont transgressées. Dans les transports, dans les magasins, dans les files d'attente. Et nous en souffrons terriblement, ressentant au quotidien ces multiples agressions nous mettant en état de siège face à l'ennemi. Que se passerait-il si, tout d'un coup, nous décidions d'ouvrir les bras et d'accueillir notre prochain comme un ami. Si nous lâchions prise, dans l'ouverture en reconsidérant avec conscience ce qu'est vraiment notre intimité et où nous la situons.


Emoi du sexe

Si je ferme les yeux et que quelqu'un me touche, n'importe qui, et que je ressens du plaisir. Est-ce que je repousse la personne ou je la laisse continuer en profitant du moment ?
Qu'est-ce que le mental me renvoie à ce moment-là ?
Tu as du plaisir, nourris ton corps avec ce ressenti positif où tu te mets en danger, ce n'est pas la bonne personne, le bon endroit, une attitude correcte, qu'est que penseraient tes parents, tes voisins, tes amis, etc. si on te voyait ? Ou alors la culpabilité comme : tu vas le regretter, l'autre ne te mérite pas, tu te laisses faire trop facilement, ne te donne pas en spectacle, on est en train d'abuser de toi. La grande question étant de déterminer si quand une personne me touche et me donne du plaisir est-ce que ce plaisir lui appartient ou est-ce qu'il me fait un cadeau ?
On le voit dans cet exemple ; quelques mots pour accepter ce qui est bon pour moi et un tas de raisons et d'explications pour essayer de ne pas l'admettre. D'ailleurs, ces protections souvent guidées par nos peurs où des principes éducatifs en opposition avec nos besoins, peuvent nous mettre en danger et nous pousser vers une sorte de passivité, nous obligeant à accepter l'inacceptable.
Quand nous sommes en contact avec notre ressenti et que l'on reste juste envers nos besoins réels il est facile de manier le Oui et le Non avec respect, tant pour soi qu'avec l'autre, avec la franchise courtoise de celui qui sait prendre la bonne décision au moment où il le fait.

Quelles sont ces différentes barrières que j'accepte ou non de laisser franchir ?

                - l'approche visuelle : est-ce que j'accepte que l'on me regarde, même avec insistance, sans me laisser perturber, sans me sentir agresser. Est-ce que si ce regard est rieur, je vais penser en être le déclencheur ou juste me dire que mon protagoniste est de bonne humeur, voire même moqueur, mais que tout cela lui appartient ?
                - le contact : je suis frôlé où me retrouve collé à quelqu'un ou quelqu'un me parle et ponctue ses phrases d'un toucher amical : est-ce que je me recule pour éviter tout contact, est-ce que je me sens prisonnier de ma situation, à la fois l'envie de partir, mais ne voulant pas vexer, ou je m'accommode de cette convivialité en trouvant cela parfaitement sympathique. Un élément supplémentaire à prendre en compte est également de comprendre si      j'accepte la convivialité, si je le fais par intérêt (la personne me plaît) ou si ce contact est parfaitement naturel.
                - ma nudité : est-ce que si je suis nu, je suis plus vulnérable ? Quelqu'un me voit nu. Seul son regard est posé sur moi. Est-ce que je me sens en position d'infériorité ? Est-ce que son regard posé sur moi me vole quelque chose ? Est-ce que j'ai envie de me cacher ou je me sens bien comme je suis, voire même supérieur parce que plus naturel ? Exagérons la situation en imaginant que la personne qui me regarde ressens visiblement un émoi sexuel. Mes impressions : volé, violé, elle ne mérite pas le plaisir qu'elle prend grâce à mon image, elle n'a pas le droit, etc. ou elle ne prend rien, si ça lui fait plaisir..., je ne me sens pas concerné ?
                - mon plaisir : est-ce que je suis capable d'accepter l'idée que le plaisir que je ressens m'appartient et que la personne qui me le procure n'est que le déclencheur de ce je possède en moi ?
Est-ce que si je me masturbe et que quelqu'un me voit dans ce contact intime avec moi-même, j'ai l'impression d'être découvert, de lui offrir une emprise sur moi, honteux, gêné ou je reste dans mes sensations sans me poser de questions, centrer, en conscience des montées énergétiques que je ressens ?
                - mon émoi : l'émoi est une émotion vive causée par l'inquiétude, la douleur ou la joie, la sensualité.
Quand je suis en contact avec mon sexe qu'est-ce cela provoque en moi ? Est-ce que j'arrive à être en contact avec chacune de mes sensations en les accueillant dans une bienveillante ouverture ? Qu'est-ce que je ressens en premier ? La douleur, la culpabilité, la crainte du plaisir ou de l'orgasme qui sont des tremplins vers le lâcher pris et l'acceptation ? Est-ce que je suis capable de faire taire le mental pour laisser faire plutôt que de vouloir faire ? Ou bien    suis-je capable de ressentir l'érotisation de chacune de mes cellules et d'accompagner cette vibration en spirale qui envahit mon corps par une respiration lente, extrêmement lente et consciente ? Est-ce que je peux Être, plutôt que vouloir Être et loin de tout contrôle, de toute attentes, laisser monter l'extase dans le cœur dans une magnifique ouverture et encore plus haut, dans la conscience devenant extatique, pour laisser vivre en moi ce que l'amour à de plus beau, de plus magique. L'Amour avec un grand "A" ?


Notre corps est sexué, ne nous en déplaît et nombre d'entre nous ont cru pouvoir se couper de ses sensations. Non sans dommage et sans vivre ce que j'appellerais une petite mort. Moins d'appétit (ou trop), moins de rencontres, échange entre copains plus fade, moins l'envie d'entreprendre, moins l'envie de s'habiller, de s'apprêter, la nature moins belle, le soleil plus pâle sont là quelques exemples. Et à l'inverse, après une nuit d'extase rompant avec une abstinence prolongée, d'entendre des compliments sur sa coiffure, son teint, sa belle présence, sa forme, seulement inspirer par la manifestation de notre épanouissement sexuelle.

L'abandon

Le corps est animal dans ses besoins et étrangement souvent contrarié par une éducation omniprésente, une société didactique et schématisante, des protections posées des l'enfance. Notre perception de ce corps est souvent faussée par la culpabilité, le manque de confiance, le déni, une image de soi dégradée. Nous sommes sous l'emprise de notre mental. Certains mouvements conduits avec une extrême lenteur, assurance et conscience vont aider le mental à se détacher de l'instant présent. C'est à ce moment là que l'énergie va pouvoir se mettre à circuler selon les besoins inconscients de la personne massée. Cet abandon est déclencheur de prises de consciences importantes, de ressentis puissants, d'images symboliques fortes. Il est salutaire dans la confiance que l'on s'accorde, dans le recul que l'on prend alors sur sa propre existence et sur son chemin de vie. Enfin il permet de passer un moment avec soi-même, réel, sans se fuir et de s'aimer vraiment pour ce l'on est.

Sauvegarder son espace intime

Un cahier des charges le plus simple possible est une solution. Moins nous en voulons plus nos chances d'être épanouis augmentent. Acquérir la confiance en soi est primordiale dans cette démarche afin d'éviter au maximum les agressions lier à des blocages que l'on refuse de voir en nous.
Ne pas être dans l'utopie de la situation. Un peu comme vouloir aller dans les transports en commun aux heures de pointe et ne pas être bousculé, aller se baigner en piscine et ne pas être éclaboussé, se mettre au soleil et ne pas vouloir bronzer, aller sur une plage l'été et être tout seul, etc.
L'espace intime ne doit pas être figé et peu, en fonction de l'écoute de soi, varier d'un moment à l'autre de la journée. S'isoler par moments, peut permettre de mieux accepter la promiscuité indissociable de notre vie en communauté. Il existe également une technique toute simple permettant de faire reculer les barrières de notre espace intime : le sourire. Cette illumination du visage est un outil formidable pour gérer notre espace et nous permettre de contrôler facilement le franchissement de nos barrières tout en restant soi-même dans l'ouverture.

L'autonomie dans la rencontre

Être dans la conscience est un exercice difficile. La mettre en pratique pour connaître nos besoins réels et être aux plus justes avec eux l'est encore plus, d'autant que la plupart du temps, notre éducation, la peur du jugement, du rejet de la différence et notre propre culpabilité sont des ancrages forts qui incriminent nos choix. Nous essayons, de plus en plus, de raisonner l'animalité de notre corps en ne la laissant s'exprimer que dans la frustration et le déni. Nous avons du mal à accepter le plaisir comme un ressourcement du corps. Ou si nous le faisons, ce n'est que sous certaines conditions souvent très éloignées de nos besoins dans le moment présent. Accepter d'être autonome, c'est accepter d'être vivant afin de créer un vrai partage dans la rencontre. S'accepter soi-même en est la source avec nos défauts, nos qualités, nos mystères, nos ambigüités. C'est également accueillir avec plaisir que mon sexe et moi, nous sommes et nous ne faisons qu'un.

 

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