« Mon sexe, cette abominable amie » de Frédéric Manthé 
                             - Je suis une femme -


Irène, mon amie

Je suis en contact avec Irène depuis ma plus tendre enfance. Sans en avoir vraiment conscience. Irène, au début, je l’ai plus ou moins ignorée, la laissant à sa guise, me rendre les services d’usage. En fait, Irène, était omniprésente dans mon jeune être, mais d’une manière très subtile, loin des aspirations de ce qu’un esprit éduqué et formaté pourrait vouloir d’elle, plus tard.

Vers deux ans, j’ai commencé à me rendre compte qu’Irène pourrait devenir une compagne de jeu intéressante. Et comme, à cette époque, je passais d’un jeu à l’autre, cette forme de cohabitation ne m’encombrait pas l’esprit. Cependant, je le ressentais, Irène à mes côtés, c’était bon.

Petit à petit, sa présence s’est avérée indispensable et les gestes d’affection que j’accordais à Irène de temps à autre, me remplissaient d’émoi. Irène, sans mots dire, était en train de devenir une véritable amie tout en laissant apparaître plusieurs évidences.

Irène, malgré la fierté de l’amitié que je lui porte, doit vivre cachée. Difficile, dans mon jeune âge, de comprendre les méandres de ce jeu de cache-cache.

Irène et Jacques ont besoin d'être amis

Je remarque aussi, que tout le monde à une amie, Irène, mais qu’il ne faut pas la montrer, respectant un formatage communautaire. Enfin, quand je dis tout le monde, ce n’est pas tout à fait exact. Certaines personnes sont différentes de moi parce que leur « amie » ne s’appelle pas Irène, mais Jacques. Ce qui est rigolo, c’est que je sens bien que les Irène et les Jacques ont besoins d’être amis, mais que ce ne sera pas facile, s’ils vivent cachés tout le temps. C’est beaucoup plus tard que j’ai compris qu’ils avaient été pensés, créés, dans leurs formes et dans leur capacité d’adaptation dans le seul but de se rencontrer. Une rencontre contrariée par cette vie recluse à laquelle ils sont astreints.

J’aime bien Irène, elle est si surprenante. Très joueuse, elle se rappelle à moi en s’amusant à palpiter. Elle est libre et complètement hallucinante parfois, échappant à mon contrôle pour ne faire que ce qu’elle veut. Enfin, c’est ce que je croyais, au début. En fait, je me suis aperçue qu’elle est en connexion directe avec mes pensées. J’ai d’ailleurs beaucoup joué avec Irène à la faire se contracter,  juste en le décidant. Et à chaque fois, j’ai eu le même ressenti. Une impression d’être vivante, légère, enjouée. Mais Irène m’a aussi joué des tours. Surtout quand elle rencontrait les « amies » de Jacques. Alors là elle s’animait sans mon accord, contrariant cette volonté collective, de garder cette amie secrète.

Irene est magicienne

Puis est venue cette grande révélation. Irène a des pouvoirs. Elle n’est pas juste une amie joueuse, elle est une magicienne. Elle peut transformer une simple sensation agréable en un tourbillon de lumière, en un océan de plaisir, beaucoup plus puissant que tout ce que mon esprit peut me faire vivre. Mais plus encore, plus fort que tout. Pendant que je m’abandonne à mon plaisir, elle se rend disponible à accueillir, en elle, la substance que Jacques a créé pour elle, afin de donner la vie. Mais alors, pourquoi est-ce si difficile de laisser Irène et Jacques devenir amis ? Pourquoi, Irène, serait-elle une abominable amie alors quelle ne me veut que du bien ainsi qu’à l’humanité toute entière ? Surtout que c’est une part de moi-même que je cache, en cachant aux autres, cette amie intime. Et eux, je le vois bien, font pareil avec leurs « amies ». Irène, je dois bien le reconnaitre, tout à son animalité, souffre beaucoup de cette forme de mise en cage qu’est le carcan de nos pensées puritaines.

J’aime beaucoup jouer avec Irène, toute seule, même si je sais que ce n’est pas bien, on me l’a dit. Mais, si je joue avec mon amie, c’est déjà que je ne suis pas seule, n'est-ce pas ? Ce sont des jeux, qui selon l’humeur ou l’heure, me font dormir, me réveillent, me soignent, me libèrent de mon trop-plein d’énergie, me calment tout en me faisant du bien. Mais je me rends bien compte que jouer avec Irène, la rend vite unique à mes yeux et me coupe d’autres amitiés possibles et de celles avec les « amies »  de Jacques surtout. Je délaisse donc parfois mes jeux solitaires pour m’ouvrir à l’attraction des Jacques. Mais la tâche est ardue et la rencontre très difficile. En fait, les « amies »  de Jacques, toutes à leur préoccupation à bien se cacher, mais aussi, j’en suis sur, accaparées par leurs jeux, entre « amies », ne sont pas très prêtes, en apparence, à se laisser attirer. Pire que cela, Irène et Jacques, au départ fait pour se rencontrer, deviennent un enjeu, un cadeau, un don. Ils doivent répondre à un cahier des charges très précis afin de lever le secret d’une hypothétique amitié entre eux.

Il en résulte d’ailleurs, parfois, une grande frustration ressentie par les propriétaires des Irène et des Jacques. Ah oui, détail important, notre amie nous appartient, un peu comme les hypothétiques maîtres d’animaux sauvages, qui auraient la prétention de dire qu’ils ont dompté, une fois pour toutes, la Bête.

Irène et Jacques : une amitié impossible ?

Et là, les choses se compliquent. À force de  respecter les barrières imposées par la société, de respecter les croyances, d’obéir à des dictats, de ne pas écouter les désirs d’Irène, je ressens notre amitié se ternir, flétrir, se faner. Irène est moins joueuse qu’avant et de toute façon, je suis moins réceptive aux sensations qu’elle me procure. Je peux même passer plusieurs jours sans être dans la conscience qu’elle est là, à mes côtés. Elle n’est plus parfois, que le rappel de ces services d’usage de ma prime enfance, avant même de découvrir sa magie. Et même si Irène, je le sens bien, à toujours cette envie de rencontre avec Jacques, elle est moins sûre d’elle et souvent est habitée par une peur qui l’empêche de s’ouvrir comme avant. Mais comment pourrait-il en être autrement ?

Prenons l’exemple de notre relation avec notre meilleure amie actuel, notre copine d’enfance. Que se passerait-il si nous mettions des conditions à cette amitié ? Que nous souhaitions que cette amitié soit exclusive ? Que nous soyons confrontées à la vindicte populaire à chaque fois que l’on vivrait notre amitié au grand jour ? Aimerions-nous frustrer notre amie et ne pas vouloir son bonheur en lui reprochant son schéma de vie sous prétexte de ne pas correspondre à ce que la société attend d’elle ? Et elle, qu’en penserait-elle ? Comment se sentirait-elle ? La frustration naît de nous, de nos peurs et interdits, de nos limites. Elle provoque aussi cela chez l’autre, créant un climat de méfiance et de besoins refoulés. La rencontre devient alors tellement difficile, qu’elle avorte souvent, avant même de commencer. Nous sommes tous porteurs de notre nudité et de notre potentiel sexuel. 100% des personnes que nous croisons quotidiennement, le sont aussi. Cependant, tout à notre préoccupation de cacher nos Irène, nos Jacques, nous nous rencontrons sans conscience, préférant souvent nous soumettre à nos propres valeurs de jugement, plutôt que d’apprécier le moment présent. Il est fort probable qu’en arrivant à nous libérer de tout cela, notre approche de la vie serait différente. Que la liberté d’être tout simplement un individu à part entière, nous affranchirait d’un grand nombre de frustrations. Nous libèrerait, enfin, de cette dépense d’énergie employée à nous cacher. Mais, pour cela, il faut oser braver nos pensées limitantes  pour aller à l’encontre de la main mise d’une éducation judéo-chrétienne omniprésente.  Oser être celle qui se rebelle en s’acceptant, telle qu’elle est, tout en réussissant à fédérer d’autres personnes à son envie de légèreté. Et alors, un jour peut-être, le plaisir de vivre ne serait plus péché.

Conclusion

J’ai pris conscience que je suis une femme. Le véritable nom d’Irène est « mon sexe », « mon vagin »,  « ma chatte », « ma vulve », etc. l’appellation la plus adaptée reste à choisir ; et que les « amies »  de Jacques étaient des hommes et que Jacques était en fait « leur sexe », « leur verge », « leur pénis », etc.

En relisant ce texte et en remplaçant les prénoms par l’adjectif qualificatif évoquant le mieux votre sexe, vous remarquerez, combien les mots sont importants dans l’acceptation de qui l’on est. Sans but précis, ce texte reste le fruit d’une réflexion, amicale.
         

 

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